couverture du livre "hold-up planétaire

Dominique Nora :Tout dépend donc du type de public auquel on fait référence. Quelles sont vos recommandations ?

Roberto Di Cosmo :Personnellement, j’ai l’habitude d’identifier trois grands types de public : le public expert, le grand public organisé et le grand public individuel. Faisons la part des choses.

Le public expert : il s’agit des utilisateurs de l’informatique qui disposent d’une expertise informatique propre, comme les grandes entreprises, les centres de recherche, les universités etc. Pour ces gens, la carrosserie rustique importe peu : c’est le moteur qui doit être bon, et le cas échéant, on va peaufiner la carrosserie dans la maison en profitant de la disponibilité du code source. Pour ce type de public, aucun doute : Linux ou FreeBSD (ou toute autre version libre d’Unix, ou même à la limite un Unix commercial) sont les solutions de choix.

À l’autre extrême du spectre, le grand public individuel. Il s’agit de l’utilisateur abandonné à lui-même. C’est-à-dire ce consommateur qui ne connaît pas grand-chose à l’informatique, qui n’est parfois même pas sûr d’en avoir besoin, mais veut essayer quand même. Pour imprimer une carte postale, ou écrire un curriculum vitae et jouer à « Doom » ou à « Quake ». Pour ces gens-là, qui achètent le plus souvent dans les grandes surfaces, Linux tel qu’il est aujourd’hui n’est pas vraiment la solution, pas plus que les produits pièges WinTel… comme ils le découvriront au premier plantage, ou au premier CD-Rom de base-ball à désinstaller. Ceux qui veulent seulement jouer, en tout cas, devraient sérieusement considérer une console de jeux (PlayStation, Nintendo ou Sega) qui, pour une fraction du coût d’un PC, garantit le zéro souci.
Mais, pour ceux qui veulent vraiment un ordinateur, je pense qu’en attendant qu’on termine la carrosserie de Linux, se tourner vers une machine Apple serait une solution plus sage : même si le moteur n’est pas comparable à celui d’un Unix, il est quand même mieux rodé que ceux des PC WinTel, et l’interface est très agréable. Le seul problème, qui était le coût initial 57 plus élevé, semble désormais réglé avec la commercialisation de modèles assez accessibles, comme le iMac.

Entre les deux, vous trouvez ce que j’appelle le grand public organisé. Ce sont des gens qui ont le même manque d’expertise informatique que le grand public, mais qui peuvent obtenir de l’aide qualifiée à travers les institutions desquelles ils dépendent. C’est les cas des professionnels, comme les médecins, les avocats, les graphistes, etc., qui ont de puissantes associations professionnelles pouvant (même si elles ne le font pas) obtenir pour leurs adhérents un support qualifié et leur proposer des solutions clés en main. Là, qu’on choisisse Windows ou Mac ou Linux ou autre chose, ce que l’utilisateur final verra sera son application qui tourne (ou ne tourne pas, si on a fait le mauvais choix), sans la préoccupation d’installer ou désinstaller quoi que ce soit.

(...)

Il serait en outre très facile d’équiper nos écoles en ne dépensant presque rien : grâce à la structure administrative des Domaines, on peut faire l’inventaire des équipements encore en état de marche, mais mis de côté à cause de la folle course à la vitesse du processeur dans laquelle nous nous sommes laissés entraîner. Je sais qu’il existe de vastes gisements de vieux Mac, de vieux PC, d’anciennes stations de travail qui prennent la poussière dans les caves des administrations, et attendent qu’on les ramène à la lumière…

Roberto Di Cosmo, Dominique Nora

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