couverture du livre "hold-up planétaire

Dominique Nora : On a vu que le système d’exploitation MS-DOS, qui a fait la fortune de l’entreprise,
n’avait pas été conçu par Microsoft.
L’entreprise a-t-elle créé elle-même d’autres programmes ?

Roberto Di Cosmo : Les logiciels dont on parle le plus en ce moment ont tous été achetés par Microsoft,
qui les a ensuite adaptés à ses besoins.
On a vu comment DOS avait été originellement acquis auprès de Seattle Computer.
Mais la couche Windows, elle, est une mauvaise copie « made in Microsoft » de l’interface graphique du Macintosh.
Le navigateur Internet Explorer — c’est d’ailleurs précisé dans son copyright — est dérivé du logiciel NCSA Mosaic,
pour lequel Microsoft a pris une licence auprès de la PME Spyglass.
WindowsNT, qui n’a de commun avec Windows que son nom, a été conçu par Dave Cutler,
un programmeur recruté pour la circonstance chez Digital Equipment (où il avait, avec d’autres, conçu le système VMS).
Microsoft a en revanche développé en interne les programmes de bureautique Word et Excel,
après le succès de logiciels préexistants comme Wordstar ou Lotus 1-2-3.
L’entreprise y a d’ailleurs ajouté, au fur et à mesure, certaines fonctionnalités (correcteur d’orthographe, correcteur de syntaxe)
vendues à l’origine comme produits complémentaires par des PME.
Ce mécanisme a été érigé en stratégie : les produits Microsoft étant plutôt mal conçus,
cela laisse la porte ouverte à des start-up pour inventer des correctifs ou des programmes complémentaires améliorant leurs fonctionnalités.
On peut citer le Stacker de Stac Electronics, qui compresse le disque pour doubler sa taille,
ou Quarterdeck qui permet de faire du multitâche sous DOS/Windows.
Pendant un moment, ces petits entrepreneurs gagnent un peu d’argent.
ex Et un jour, si leur produit marche bien, Microsoft en acquiert la licence, ou le copie sans vergogne
pour l’intégrer à une nouvelle version de l’un de ses produits.
Selon ces PME, Microsoft va même jusqu’à modifier son système pour que le produit originel ne marche plus,
ou marche moins bien que sa copie Microsoft.

Dominique Nora : Il semble difficile de croire que Microsoft, qui emploie des milliers de programmeurs,
ne dispose pas d’une capacité de recherche et développement autonome.

Roberto Di Cosmo : L’entreprise emploie évidemment des milliers de programmeurs, qui développent ou adaptent ses produits.
Mais, quand il lui manque un logiciel ou une technologie sur un segment de marché qu’elle considère comme prometteur,
il est plus rapide d’acheter ce savoir-faire. Il ne se passe pas un mois sans que Microsoft acquière une ou deux PME pointues.
Aucune des innovations de l’industrie du logiciel n’est en tout cas sortie de chez Microsoft.
Jusqu’en 1995, l’entreprise ne disposait même pas d’une division de recherche digne de ce nom.
Sa direction ne voyait pas l’utilité d’entretenir un laboratoire du type Xerox Parc ou HP Laboratories
pour vendre des logiciels pour ordinateurs personnels.
Les choses n’ont changé qu’au cours des trois dernières années, avec la vague Internet et les ambitions de Microsoft sur l’informatique d’entreprise.
Il existe un département Microsoft Research à Seattle et un autre à Cambridge, en Angleterre.
Mais ces laboratoires fonctionnent, pour l’instant, surtout comme des vitrines.

Roberto Di Cosmo, Dominique Nora

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